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4. Les implications pour l’éducation et la société 4.1. Les nouvelles technologies sont un fait de société L’enseignement ne peut pas ignorer indéfiniment
l’existence des nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication.
Même si de nombreuses initiatives, ça et là, montrent un effort - notamment
au niveau des Régions, dans le financement d’équipements informatiques à
l’usage des établissements scolaires, des enseignants et des élèves - il
semble que l’Education ait du mal à dépasser le stade de
l’« expérimentation » dans le domaine des TICE. Les nouvelles technologies ont pourtant gagné tous les
secteurs d’activité, de la petite entreprise à la plus grande, de
l’entreprise industrielle ou commerciale à l’entreprise agricole. La maîtrise
de ces nouveaux outils est une nécessité « incontournable » et les
besoins en compétences et en formation sont permanents, d’autant plus que les
évolutions sont extrêmement rapides. Cette rapidité est une cause certaine de la difficulté à
trouver la juste application de ces technologies dans des pratiques
d’enseignement. Une des missions du système éducatif est de former les élèves
aux média auxquels ils seront confrontés dans la société. On ne peut pas
abandonner cette « formation » aux seuls éditeurs de jeux vidéo…
Cela participe à la fois de l’éducation à la citoyenneté et de la préparation
à la vie active : savoir utiliser les nouvelles technologies de
l’information et de la communication est un atout dans la vie sociale comme
dans tous les secteurs de la vie professionnelle. Comment faire pour qu’au travers de l’Education
Nationale, la formation de tous intègre ces évolutions, sans inégalité ?
En matière d’éducation, il ne peut s’agir d’imposer une
pratique définie à l’avance. On peut bien sûr améliorer les
« conditions » dans les établissements scolaires : ð en généralisant
les « salles de travail » équipées d’ordinateurs en réseau et
accessibles à tout moment (ces salles étant distinctes des salles
informatiques réservées aux cours). ð en augmentant
l’effectif de personnel qualifié pour la maintenance et le développement
informatique, au service de l’Education. ð en donnant un
appui logistique aux initiatives isolées d’enseignants qui ont déjà intégré ces
nouveaux moyens dans leur pratique (souvent dans l’indifférence totale des
Rectorats d’Académie). …etc. L’aide aux devoirs par Internet a le mérite de
mettre en jeu les nouvelles technologies de communication (courrier
électronique ; forums) dans une démarche de savoir et non plus seulement
de consommation ou de « tchat » entre copains. Outre le bénéfice du
soutien scolaire recherché, cette pratique permet à des jeunes d’apprendre le
fonctionnement, les règles et les implications de ces nouveaux outils de
communication (« Informatique et Libertés » ; éthique ;
respect ; confidentialité ;…). Cet aspect d’« éducation à la
communication » ne doit pas être négligé. 4.2. Les mathématiques et la recherche Il existe à la fois une désaffection des lycéens et des
étudiants pour les sciences et une baisse inquiétante des compétences
mathématiques des étudiants dans les universités qui pose problème pour
le renouvellement des chercheurs dans les domaines scientifiques. Développer l’aide aux devoirs en mathématiques par Internet
allie : - un effort pour promouvoir
l’intérêt pour les mathématiques - un moyen de remédier à l’échec
scolaire par une prise en charge individualisée impossible à réaliser en
classe (effectifs importants, publics d’élèves hétérogènes peu attentifs,
décrochant très vite en situation collective…) - un moyen de prendre en charge
un grand nombre d’élèves en soutien, sans contrainte de temps ni de lieu - un moyen de montrer
qu’Internet n’est pas seulement un lieu de divertissement ou de
« télé-achat » mais avant tout un outil
fantastique pour le partage du savoir. 4.3. Nouvelles technologies, handicap et utilisation de compétences TICE et handicap (extrait d’un
interview de Jack Sagot, professeur au CNEFEI(1)) D'une manière générale, les TICE
pénètrent-elles facilement dans les établissements scolaires ? « Longtemps, cela n'a pas été
le cas. D'autant que les enfants en situation de handicap étaient en
établissements spécialisés. La situation change peu à peu : depuis une
dizaine d'années seulement, ces enfants sont intégrés dans les classes
ordinaires ; il y a trois ans, un plan gouvernemental a été mis en place pour
financer l'achat d'aides techniques pouvant faciliter l'intégration scolaire.
Ces matériels sont acquis par les rectorats et les inspections académiques,
puis mis à disposition des enfants. Et, c'est peut-être bien par le
biais du handicap que les TICE vont entrer encore plus largement à
l'école ! Pour ce qui est de la formation
des enseignants à ces outils, on pourra toujours souligner l'existence de
problèmes et d'insuffisances. L'essentiel se situe ailleurs : mieux vaut être
attentif à la maîtrise pédagogique de l'outil, à la compréhension de ses
limites et possibilités plutôt qu'à sa seule maîtrise technique. Il importe
ici de travailler dans une approche pédagogique différenciée et progressive. » L’intérêt des divers outils
logiciels permettant de compenser des déficiences motrices ou sensorielles ne
fait aucun doute. Le développement d’outils de
communication adaptés permet à des personnes
« handicapées » de ne plus être ignorées et exclues de la société
dans l’indifférence générale. Comme le dit justement ce professeur du CNEFEI : « c’est
peut-être bien par le biais du handicap que les TICE vont entrer
encore plus largement à l'école » : 1°
par la volonté d’intégrer
de plus en plus d’enfants « handicapés » dans le milieu scolaire
ordinaire, voie qui est la base de l’intégration sociale et qui tend à
prouver l’efficacité d’une pédagogie différenciée associée à l’utilisation
d’outils adaptés. Tout comme le travail avec
des enfants trisomiques a permis à Maria Montessori de développer des
méthodes pédagogiques générales que tous les professionnels de la petite
enfance appliquent aujourd’hui, il est à parier que l’investissement de
l’Education auprès d’enfants à besoins spécifiques fera émerger la juste
application des TICE au profit de tous. 2°
par la volonté de ne plus reléguer certaines personnes dans
l’« invalidité » professionnelle au seul prétexte de
« handicap » alors que grâce aux nouvelles technologies, ces
personnes peuvent exercer et faire reconnaître leurs compétences. Je mets volontairement des
guillemets au mot « handicap » car le handicap ne définit pas la
personne mais la situation qu’elle vit. Les situations de handicap peuvent
être temporaires ou durables, sont diverses et nous concernent
potentiellement tous… Un des intérêts importants de l’aide aux devoirs par Internet, à l’heure actuelle
où il est beaucoup question de rationaliser les dépenses publiques, est de
pouvoir proposer à des enseignants en
situation de handicap de poursuivre l’exercice de leurs
compétences, au lieu de les reléguer, après un congé de longue maladie, dans
un travail dit « adapté » mais souvent dévalorisant ou sans réel
rapport avec leur qualification. Dans le chapitre 1, je décris un dispositif possible
pour un « service d’aide individualisée
assuré par un cyberprof ». Il s’agit d’introduire un
« enseignant de soutien à distance » chargé, dans une discipline,
de subvenir au soutien scolaire (en dehors des cours, le soir et pendant les
vacances) de tous les élèves d’un lycée, ou d’une catégorie de niveaux ciblés
dans une zone géographique, …etc (les diverses possibilités sont à étudier).
L’introduction d’une tierce personne dans le système traditionnel pourrait
permettre d’apporter une « pédagogie différenciée » à certains
élèves en difficulté. Un tel service pourrait être assuré par : : un enseignant
« handicapé » par une maladie de longue durée ou une
incapacité physique qui rend pénible ou difficile le travail devant
élèves : une affectation d’enseignant de soutien à distance ou d’assistant à
distance permettrait à cet enseignant de poursuivre l’exercice de ses
compétences au service d’un grand nombre d’élèves ou de certaines classes
définies à besoins. : un
enseignant volontaire : ce type de travail demande à la fois une bonne
expérience dans l’utilisation de l’outil informatique et d’Internet, un
matériel adapté et une motivation particulière pour cette forme d’exercice.
Il ne faut pas oublier que cet exercice est basé sur la communication et que
cela met le « cyberprof » dans une situation « publique »
bien plus large que l’exercice traditionnel devant élèves. Favoriser le
« retour » de l’acte pédagogique est s’exposer à recevoir des
« retours » parfois décevants ou décourageants et constitue un
exercice exigeant. Il y a là une forme d’engagement de soi. Le volontariat
me semble donc une condition de base. Remarque : Dans mon cas personnel, ce travail à distance répond à
une situation familiale(2) qui
nous oblige à prendre en charge à domicile l’éducation et la thérapie d’une
enfant « pluri-handicapée ». Conclusion
générale sur l’« aide aux devoirs par Internet » Comme je l’ai annoncé en
introduction de cet exposé en 4 chapitres, mon propos est plus destiné à s’interroger sur
l’utilisation des nouvelles technologies qu’à présenter un argumentaire en faveur de telle ou telle
application. Au travers de mon expérience au
lycée Charles de Gaulle, j’ai voulu montrer un parcours authentique, sans
cacher les écueils d’une recherche conduite sans aucune base d’appui
concrète, ni du point de vue de mon expérience personnelle, ni du point de
vue du terrain. Le projet
« cyberdevoir », comme on l’aura compris, est encore loin de
l’aboutissement à une pratique effective. En revanche, ce travail d’étude m’a
permis non seulement d’acquérir une connaissance appréciable et que je juge
aujourd’hui nécessaire dans mon métier d’enseignante, mais aussi d’élargir ma
vision sur les changements apportés par ces nouvelles technologies dans notre
société. Il me semble important d’en faire un outil de savoir car c’est le plus
puissant moyen de communication que nous ayons jamais connu. Si nous
n’apprenons pas à nous en servir, nous risquons d’en devenir les objets au
lieu d’en retirer un bénéfice pour l’évolution de notre société. En ce sens, l’Education a un rôle important à jouer en
s’appropriant ces nouvelles technologies. Non pas pour faire une
démonstration de « moyens techniques » mais pour transmettre une
« culture » des outils actuels de communication (pour une
« e-galité » des chances, ne laissons pas se développer l’« e-illettrisme » !) (1) Centre national d'études et de formation
pour l'enfance inadaptée (2) Explication de ma situation familiale :
mon 1er enfant est trisomique-autiste-malade coeliaque, avec une pathologie
intestinale grave exigeant un suivi rapproché de tout ce qu'elle peut manger
(intolérances alimentaires multiples exigeant une traçabilité rigoureuse de
tous les aliments) ; elle communique grâce à la méthode PECS
(« Picture Exchange Communication System ») mise en place avec son
orthophoniste. Ces deux problèmes, régime alimentaire très strict et méthode
de communication pour autiste, ne peuvent être pris en charge qu'à
domicile et cela m'oblige à rechercher des postes particuliers, nécessitant moins
de déplacements et où je puisse plus facilement gérer mon temps :
Juliette a 10 ans mais son stade de développement est actuellement celui d’un
enfant de 3 ans ; elle a besoin d’une présence et d’une assistance pour
tous les gestes quotidiens ; il n’existe actuellement en France aucune
forme d’aide permettant de financer une telle prise en charge à domicile car
les « allocations d’éducation spéciale » sont soumises de fait à
l’orientation en « établissement spécialisé ». Or, dans le cas de
notre enfant, cela équivaudrait à un abandon sans thérapie adaptée et sans
avenir autre que l’enfermement à vie en hôpital psychiatrique. En effet, les thérapies différenciées de l’autisme (méthodes
de communication, approches biologiques, génétiques, immunologiques, …), du
fait de l’absence de recherche officielle, ne sont toujours pas reconnues en France. |