3. Un outil adapté aux mathématiques

 

 

3.1. Les mathématiques sur Internet : état des lieux et commentaires

 

J’exclus de cet état des lieux les sites commerciaux qui proposent des cours avec un suivi « personnalisé » par Internet. J’en ignore l’impact et l’efficacité. Le fait est que la possibilité ou non de bénéficier de « cours particuliers », quels qu’en soient le mode et le tarif, est un facteur d’inégalité (Les tarifs peuvent varier entre 9 € et 20 € par mois suivant le type de prise en charge choisi).

 

Les sites traitant de mathématiques peuvent être répartis en trois catégories :

 

:     « sites de ressources » = bibliothèques numériques de cours de math, de supports pédagogiques, d’informations encyclopédiques, d’exposés sur des sujets de recherche, … consultables par tous.

 

Commentaire :

Créer un « site de ressources » mathématiques avec une approche personnelle est pour l’enseignant une possibilité intéressante à utiliser avec ses élèves : en mettant son cours « en ligne », l’enseignant laisse entre les cours un support toujours disponible et adapté pour ses élèves. C’est un travail qui nécessite une bonne expérience de l’outil informatique et d’Internet et surtout beaucoup d’investissement en temps. Tous les enseignants n’ont pas la possibilité de faire une telle « œuvre » et en ce sens, toutes les réalisations de ce type ont le mérite d’offrir un partage d’expérience bénéfique à tous. 

 

:     « sites interactifs » = sites pédagogiques proposant des exercices interactifs utilisant des programmes exécutés par la machine :

~ parfois très riches et instructifs (lorsqu’ils permettent par exemple de visualiser des actions effectuées sur des objets mathématiques).

~ souvent simples séries d’exercices d’application, utilisant diverses modalités de réponses/validations automatiques.

 

Commentaire :

L’avantage est d’offrir un « dialogue » immédiat et sans contrainte… mais avec les limites d’une connexion à une machine programmée (comme dans un jeu vidéo).

 

:     « sites communicants » = sites offrant de réels espaces d’échanges, par forums ou par emails : ils sont très minoritaires et rencontrent l’écueil de l’utilisation d’écritures mathématiques.

 

Commentaire :

Créer un « site communicant » accessible au plus grand nombre et muni d’un outil de communication adapté au langage mathématique s’avère complexe mais est un moyen de dynamiser le dialogue entre élèves et enseignants et de développer l’intérêt pour le langage, les écritures, la rigueur, la logique

 

 

Dans le cadre de l’aide aux devoirs en mathématiques par Internet, c’est bien sûr la création d’un bon « site communicant » qui est l’enjeu. Deux voies sont possibles :

 

}        Réaliser un site de pointe, utilisant les outils logiciels les plus récents dans ce domaine afin de bénéficier du maximum de possibilités.

Inconvénients : la nécessité de télécharger un certain nombre de programmes spécifiques et le passage obligé par un préambule technique peuvent freiner l’utilisateur, voire le faire renoncer ; la communication reste délicate car soumise à des conditions d’équipement optimales.

 

}        Faire un compromis entre la simplicité d’accès (peu d’exigence sur l’équipement de l’utilisateur ; peu de compétences nécessaires pour exécuter quelques procédés d’écriture) et la résolution des problèmes de rédaction mathématique (accès direct à des symboles ou à des formats d’écriture grâce à des boutons d’insertion d’images, à une liste de codes à utiliser ou à… tout autre moyen restant à inventer).

 

 

Pour employer une formule, l’objectif à atteindre peut s’énoncer ainsi :

 

« Créer un outil  de communication adapté au langage mathématique qui relie d’une façon simple et efficace l’enseignant à ses élèves »

 

 

 

3.2. Réflexions pour l’établissement d’un « cahier des charges »

 

Comment ne pas s’étonner en constatant que les sites commerciaux ou les éditeurs de jeux parviennent à créer des mises en forme très sophistiquées qui « passent » sur la plupart des navigateurs, non nécessairement les plus récents, alors qu’il demeure encore très compliqué pour l’utilisateur moyen d’écrire une simple racine carrée, un exposant ou une fraction dans un courrier électronique ou un forum ?

 

Des solutions existent mais personne ne semble se pencher suffisamment sur le point de vue, par exemple, d’un élève de 4ème qui éprouve déjà des difficultés pour appréhender le langage en général : cet élève qui s’interroge sur le sens d’une question mathématique de son manuel scolaire n’est pas en mesure de suivre « dans l’instant » une procédure qui s’adresse à des « pro » du clic droit, des fenêtres de dialogue et du téléchargement de fichiers. Les développeurs sont capables de créer des logiciels très performants à l’usage des… développeurs, mais pour réaliser un outil qui réponde à des besoins pédagogiques, l’expérience et le point de vue critique d’enseignants est nécessaire.

 

Pour comprendre, voici quelques exemples concrets (authentiques) relevés dans divers forums mathématiques du Net :

 

Exemple 1 :

? « je suis en classe de 4ème et j'ai un DM pour mardi il y a trois exos que je n'arrive pas a faire j' ai besoin d'un petit coups de pouce.

[…]

Effectuer le calcul suivant et donner le résultat sous forme d'une fraction irréductible.
B= 11fois10 puissance 519 fois 2 fois 10 puissance -210 sur 6 fois(10 puissance 15 )puissance 20 fois 10 puissance 8. »

 

 

Avec un effort de lecture (en supposant que l’élève n’aie pas fait d’erreur de « traduction ») on peut comprendre que B est égal à :

Cela permet certes de pouvoir guider l’élève dans sa recherche, mais si l’outil de communication ne permet pas d’accéder à quelques fonctions d’écriture, cela devient de l’art ou de la patience…

 

Remarque : on constate que l’absence d’outil d’écriture (ou l’incapacité à les utiliser) n’a pas freiné la demande. D’une manière générale, j’ai pu observer que les élèves ne manquent pas de ressources pour trouver des moyens de détour face aux problèmes d’écriture.

 

Exemple 2 :

? « […] alors pour la relation de chales c par exemple vecteur AB+BC tu vois les 2 B sont proche du + donc tu pe en deduire que AB+BC=ac APRES SI LE VECTEUR AB est pareil q'un autre vecteur c à dire meme longueur meme sens meme norme tu pe le remplacer.... par ex AB pareil que DE alors tu pe remplacer AB en DE donc sa fé DE+BC= ensuite il faut que tu essaies d'avoir une longeuer par ex tu remplace ds DE un B sa fé DB + BE + BC = SI PAR EX BE = DB sa fé 2BE
C dur d'expliquer sa lol […] »

 

 

Il s’agit ici de la réponse d’un élève à un autre élève (de seconde) sur un forum lycéen. Si on passe outre la critique de l’expression et de l’orthographe, le message contient effectivement une « méthode » de calcul vectoriel à l’aide de la relation de Chasles… Mais l’absence de construction, l’enchaînement continu des mots (où il est difficile de repérer un « énoncé »), le fait de substituer un mot vague à une notion mathématique fondamentale (1),  … sont des indices assez navrants : ils témoignent d’une vision des mathématiques qui est assez symptomatique de la méprise de la plupart des élèves sur ce que signifie rigoureusement « faire des mathématiques ».

 

(1) Par exemple, la notion d’égalité est fondamentale en mathématiques ; elle est pour ainsi dire le fondement de tout raisonnement… mais elle ne peut pas être réellement comprise si elle est assimilée à la platitude et à l’incertitude du mot « pareil »…

 

L’écriture mathématique a l’avantage de « porter » dans son symbolisme la nature (non « banale ») des objets mathématiques et des relations ou des opérations entre ces objets: un symbole a le pouvoir d’agir dans l’esprit comme un « raccourci » vers une vision d’ensemble.

 

Il est important que les élèves puissent s’approprier et utiliser le langage symbolique car il est porteur de la rigueur mathématique nécessaire au raisonnement.

 

Certains sites « communicants » (rares) proposent des solutions simples pour accéder à la prise en charge de certaines écritures mathématiques :

 

¾ une liste de codes, sous forme de balises HTML, pour effectuer des mises en forme particulières. Par exemple, pour voir afficher à la réception du message :

il faut taper dans la zone de texte : [v]AB[/v] + [v]BC[/v] = [v]AC[/v]

 

¾ des boutons d’insertion d’images de caractères utiles : lettres grecques, symboles divers

 

¾ des codes de substitution sont convenus pour pallier à l’absence de prise en charge de certaines écritures. On convient par exemple d’écrire « x^4 » pour « x4 » ou « V(2x+1) » pour « racine carrée de (2x+1) », …etc.

 

L’acceptation de codes « balises » permet l’écriture des exposants, des indices, des vecteurs, des mesures algébriques, du conjugué d’un nombre complexe,… ; Cette solution ne nécessite aucun outil logiciel et est accessible immédiatement à l’utilisateur.

 

Il reste que la saisie est assez fastidieuse et demande de l’attention. Les internautes préfèrent en général utiliser le code de substitution « x^4 » plutôt que taper « x<SUP>4</SUP> » ou encore « x[e]4[/e] ».

 

Exemple 3 :

? « […] on me demande de calculer l'intégrale entre 1 et e de pi f²(x)dx où f(x) = x + (lnx)/x et avec la primitive de ln²x/x² qui est égale à (-1/x) ln²x-(2/x)lnx -2/x […] »

 

 

Sur la FAQ du site, on propose d’écrire « int (x=1;x=e) » pour « intégrale de x=1 à x=e ».

Mais on constate dans les messages que ce type de solution, qui tente intelligemment de conserver la rigueur d’écriture, n’est pas utilisé car il rend la saisie pénible et la lecture difficile.

 

Avouons, qu’à première vue, une séquence comme :

 

« int(x=1;x=e)pi(x+lnx/x)2dx = pi[int(x=1;x=e)x2dx + 2int(x=1;x=e)xlnx/xdx + int(x=1;x=e)ln2x/x2dx] = … »

 

ne donne pas « une vision » efficace du calcul…

 

Personnellement, je préfère encore « prendre ma souris » dans Paint pour écrire :

 

 

… et n’est-ce pas finalement plus simple ?

 

} L’« outil de communication adapté au langage mathématique qui relie d’une façon simple et efficace l’enseignant à ses élèves » doit offrir la possibilité de saisir rapidement et directement une question mathématique, sans se heurter à des problèmes de mise en forme.

 

Songeons qu’aujourd’hui, grâce aux tablettes PC, on peut facilement écrire tout ce que l’on veut, sous forme de graphisme ou de texte, en utilisant un « stylo » exactement comme sur une feuille de papier (ce qui est plus aisé que la souris)…

 

Rappelons au passage l’utilité du dessin et des représentations en mathématiques (faire un dessin « à main levée » est souvent la meilleure façon de comprendre un problème).

 

Remarque : le logiciel « Paint » (ou « Paint-Brush ») est inclus d’office dans les systèmes d’exploitation courants ; il permet de construire facilement un document mêlant caractères alphanumériques, écriture manuelle et tracés divers, organisables à volonté par simples déplacements ; il constitue en cela une excellente initiation aux fonctions de base de tous les autres logiciels… tout en étant à la portée d’un enfant.

 

Dans le cadre d’une aide aux devoirs par email, une solution immédiatement applicable et toujours envisageable pour autoriser une saisie « manuelle » du texte mathématique (ou d’un dessin utile) est l’envoi en pièce jointe d’un « texte-image » rédigé et enregistré avec Paint… (option que j’ai d’ailleurs moi-même employée dans le cadre de mon expérimentation au lycée Charles de Gaulle)

 

Conclusion :

 

 

Il ne faut pas perdre de vue l’objectif de l’aide individualisée par Internet qui est d’apporter une pédagogie différenciée accessible au plus grand nombre. Cela implique une conception « raisonnable » des nécessités techniques :

 

1° Eviter de multiplier les conditions restrictives (opérations de saisie complexes ; obligation de posséder un navigateur Internet précis ou très récent ; logiciels spécifiques à installer ;…).

 

2° Prendre en considération les outils utiles déjà existants (comme Paint) et la démocratisation grandissante des tablettes PC (à partir de 45 €), qui permettent une saisie rapide et sans restriction de toute forme d’écriture.

 

3° Envisager la réalisation d’un outil « convivial » offrant un accès direct et rapide à l’ensemble des fonctions souhaitables pour une bonne « communication mathématique ».

 

Les principaux critères du cahier des charges à établir pour développer un « outil adapté aux mathématiques » apparaissent en filigrane dans cet exposé. J’ai consulté plusieurs Sociétés de développement en informatique de la région Midi-Pyrénées qui m’ont confirmé que des solutions répondant à ces critères sont tout à fait réalisables.

 

 

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