2. Les problèmes techniques (@) et humains ()

 

 

2.1. L’outil de communication du lycée

 

La première ébauche de réalisation du projet « cyberdevoir » qui était en place à la rentrée 2002 consistait, sur le site Internet du Lycée Charles de Gaulle, en une rubrique publique de type « forum » comportant un dossier « mathématiques » et un dossier « français ».

 

Conçue sur la base du projet initial, cette rubrique devait répondre à la réalisation de l’aide personnalisée en mathématiques et en français pour les élèves souhaitant bénéficier d'un soutien scolaire en dehors des heures habituelles des cours.

 

En pratique, il est apparu très vite que cet espace « forum » n’était pas approprié à cet objectif :

 

Le caractère public d’un forum interne à l’établissement, où tout le monde se connaît, pose problème: l’authentification utilisée étant la même que pour la messagerie, le nom de l’expéditeur apparaît conformément à son identité. Cette « identification » peut être vécue comme un « risque » ou une « responsabilité », ce qui est un frein certain à l’expression libre des besoins.

 

Le respect de la confidentialité est essentiel pour le fonctionnement du service d’aide individualisée tel que je l’ai présenté au chapitre 1. Dans ce dispositif, l’outil « incontournable » pour la communication entre les élèves et le « cyberprof » ou entre le « cyberprof » et l’enseignant est le courrier électronique.

 

Dans l’expérimentation menée au lycée Charles de Gaulle, l’outil de communication privilégié pour l’aide individuelle et confidentielle, comme pour les communications aux enseignants, est la messagerie (quant à la rubrique publique du site, actualisée régulièrement en informations mais peu visitée, elle est restée un support en attente).

 

La maintenance des serveurs et le développement des diverses applications du domaine « cyberlycee » (messagerie ; carnet de notes ; cahier de texte électronique ; cartable électronique ; …) sont assurés par le « cordonnateur TICE » de l’établissement avec l’aide de quelques « assistants TICE » (jeunes en emplois temporaires). Ils ne détiennent pas la solution à tous les problèmes du réseau et l’intervention des partenaires professionnels n’est pas toujours possible dans les délais souhaités. Pour une équipe aussi restreinte, la mise en place fonctionnelle des nombreuses applications prévues sur le domaine représente donc un travail colossal et complexe.

 

En ce qui concerne le « cyberdevoir », un groupe constitué d’élèves volontaires, passionnés par l’informatique, a participé activement à la réflexion et aux essais techniques. La participation de certains d’entre eux a d’ailleurs été déterminante pour apporter des améliorations au fonctionnement.

 

Malgré le peu de moyens et le côté « autodidacte » de l’ensemble des intervenants, le réseau « intranet » a été rendu opérationnel dans plusieurs applications, dont la messagerie, début 2003.

 

Cependant, tout professionnel sait bien qu’une installation informatique ne « fonctionne » jamais parfaitement du premier coup. Il faut non seulement s’attendre à des incidents probables sur le système mais aussi penser à la formation des utilisateurs.

 

 

} Problèmes rencontrés dans la pratique de la messagerie :

 

 

@ connexion d’accès à distance à la messagerie : le protocole d’accès par nom d’utilisateur et mot de passe s’est révélé une difficulté pour beaucoup d’élèves et d’enseignants, en raison de la diversité des équipements personnels ou/et du manque d’expérience.

 

La publication d’une « Aide en ligne » sur la page d’accueil du site, en avril 2003, s’est avérée nécessaire pour expliquer la procédure en fonction des différentes versions de Windows.

 

@ erreurs internes du serveur : de fréquentes déconnexions interviennent au cours des « longues périodes d’inactivité » c’est-à-dire précisément aux moments où l’outil de communication devrait être le plus fiable pour l’intérêt de l’aide aux devoirs par Internet : le soir, le week-end et dans les périodes de vacances scolaires (ce fut hélas systématique!). Explication simple : à ces moments-là, les personnes affectées à la maintenance des serveurs ne sont plus « en fonction » !

 

Bien entendu, tous ces problèmes d’intermittence du dispositif rendent la communication aléatoire et freinent le développement de la pratique :

 

La plupart des enseignants préfèrent utiliser leur adresse électronique professionnelle sur le domaine de l’Académie ou tout simplement leur adresse privée, jugées plus fiables : des enseignants m’ont par exemple confié qu’il leur était arrivé d’expédier depuis leur domicile un document à leur adresse « cyberlycee.net », afin de poursuivre leur travail au lycée… et que le message n’était parvenu que 3 jours plus tard ! Quelques incidents de ce genre ont apporté un discrédit néfaste à l’outil - pourtant fort intéressant - de la messagerie.

 

« Ca ne marche pas ! » fut la justification que j’ai entendu répéter comme un leitmotiv, tant de la part des élèves que des enseignants. Or la plupart du temps, le système était en réalité tout à fait opérationnel !

 

Les obstacles sont plus du côté de l’adhésion et de l’adaptation aux nouvelles technologies. Cela implique à la fois l’adéquation des équipements informatiques personnels et collectifs, l’expérience et la formation individuelles et… un volontarisme qui ne peut s’exprimer que par une incitation et une valorisation forte de la part de l’institution. Or, force est de constater que si l’incitation est présente dans les textes, elle ne l’est ni dans les faits ni dans les conditions.

 

 

2.2. Les équipements personnels et collectifs

 

 

} Du côté des « cyberprofs » :

 

@ Les premiers essais de fonctionnement de la rubrique publique « cyberdevoir » lors du SITEF (fin octobre 2002), puis du Salon de l’Education (fin novembre 2002) se sont heurtés aux limites de mon équipement familial (PC Pentium 133 Mo ; vieux modem ; impossibilité d’installer un Antivirus ; lenteur d’accès au site ; fréquents arrêts subits des programmes).

L’équipement de ma nouvelle collègue, affectée au poste de « cyberprof de français » en janvier 2002, était également dramatiquement lent et inefficace.

 

Très vite, il nous a donc paru indispensable :

 

:     d’acquérir un équipement informatique professionnel adapté afin de gagner en rapidité, souplesse d’utilisation,…

 

:     de s’équiper d’une connexion ADSL afin de limiter le coût de nos factures de téléphone, de gagner un temps considérable et de pouvoir travailler « en connexion ».

 

:     de s’équiper d’un logiciel Antivirus permettant de garantir un maximum de sécurité dans les liaisons avec les élèves et les enseignants.

 

:     de s’équiper des logiciels les plus récents permettant d’ouvrir et de traiter toutes sortes de documents lors des liaisons avec les élèves et les enseignants (Windows XP, Word, Excel, …).

 

Tout cela parait une évidence pour les familiers du Web. Mais pour le néophyte -  comme je pouvais l’être au commencement - ou pour des parents d’élèves qui s’intéressent « de loin » à l’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Education, cet aspect primordial de l’équipement doit être énoncé clairement : on ne peut pas utiliser Internet avec un « vieil ordinateur » !

 

 

} Du côté des élèves et des enseignants du lycée :

 

Certains des problèmes techniques rencontrés sont en relation étroite avec le niveau d’équipement informatique individuel et avec le rapport personnel de chacun avec les nouvelles technologies.

 

Il ne fait pas de doute que les jeunes sont en phase avec l’actualité technologique et que la grande majorité des élèves du lycée sont équipés d’un ordinateur à domicile (82%), d’un accès à Internet (54%) et sont familiarisés avec les « possibilités » de l’outil informatique (d’après un sondage réalisé sur un échantillon de 204 élèves du lycée en 2002)…

 

Mais ce sont avant tout des « consommateurs » et à part quelques passionnés, qui peuvent être très compétents, la plupart des élèves sont vite découragés par les problèmes techniques ou les procédures exigeantes (« Ca ne marche pas ! »).

 

Par ailleurs, les élèves déplorent le manque de postes disponibles dans l’établissement en dehors des cours (6 vieux ordinateurs au CDI, un nouvel équipement étant « attendu » courant 2004).

 

Les quelques enseignants avec qui j’ai pu travailler étaient - tout comme moi au départ - limités par un équipement personnel devenu obsolète en seulement quelques années. L’accès au site ou à la messagerie leur était par conséquent apparu laborieux, aléatoire et donc peu utile. 

 

Un fait significatif : la salle des professeurs n’est munie que d’un seul ordinateur… très lent ! Il faut souvent « faire la queue » si l’on veut utiliser l’accès au réseau depuis ce lieu, pourtant seul lieu permettant la rencontre nécessaire entre les enseignants. Le caractère très insuffisant du matériel alloué à ce lieu symbolique n’est pas étranger au scepticisme des enseignants du lycée vis-à-vis de l’ensemble des applications du réseau (« Ca ne marche pas ! »).

 

 

2.3. L’information des élèves et des enseignants

 

Paradoxe : au sein du « premier lycée communicant de France », la principale difficulté est précisément d’ouvrir la communication !

 

Ma collègue et moi-même, affublées du statut étrange et redoutable de « cyberprofs », avons en effet quelque peu souffert d’avoir à mettre en place nous-mêmes des « stratégies de communication » pour faire connaître notre existence aux élèves et aux enseignants du lycée. Notre position isolée et marginale, sans aucune fonction officiellement reconnue par la communauté éducative, sans aucune inclusion dans le travail des équipes pédagogiques, malgré le soutien « moral » du chef d’établissement, nous a conduites à intervenir à répétition dans un rôle plus proche du « démarchage commercial » que du rôle pédagogique qui est du domaine de nos compétences. Pour faire connaître l’existence du « service d’aide individualisée par Internet », nous avons dû employer toutes les formes de communication à notre portée :

 

Annonce de l’ouverture du service devant les élèves et parents d’élèves de seconde générale et technologique, lors de la réunion de présentation des équipes pédagogiques à la rentrée de septembre 2003.

 

i Information générale par voie d’affichage dans les lieux stratégiques du lycée : hall principal, Vie Scolaire, CDI, salle informatique du CDI, salle des professeurs.

 

i Informations générales sur le fonctionnement du « service cyberdevoir » sur la rubrique publique du site, régulièrement actualisée.

 

i Publication d’une information sur le site.

 

i Diffusion de cartes « Mémo Cyberdevoir » mises en libre-service à la vie scolaire, une partie étant confiée à la libre distribution par les enseignants de mathématiques.

 

* Envois réguliers de « relances » par courrier électronique en direction des élèves ou des enseignants (l’adressage groupé est facilité par le carnet d’adresse de la messagerie du lycée)

 

 

2.4. La mise en place d’une expérimentation

 

Une expérimentation pilote à petite échelle, destinée à répertorier les difficultés de fonctionnement du « service d’aide individuelle et confidentielle » et à mieux définir son principe, a été mise en place avec l’aide du chef d’établissement. Le choix s’est porté sur deux classes de Seconde Générale Technologique, avec la participation de leurs enseignants de mathématiques et de français qui nous ont aidées à programmer - non sans difficultés d’emplois du temps - une séance d’essai dans une salle informatique pour chacune des deux classes.

 

Les élèves de 2GT ont reçu leur code d’accès à la messagerie le 9 octobre 2003 mais le travail d’information et de formation devant élèves (avéré nécessaire) n’a pu être organisé qu’après les vacances de Toussaint (j’avais proposé aux enseignants et aux élèves une aide aux devoirs de mathématiques par email durant ces premières vacances mais la messagerie s’est trouvée déconnectée pendant toute la période…).

 

J’ai pu obtenir la réservation de 2 salles informatiques respectivement les 4 et 9 décembre 2003 pour faire une mise au point avec chacune des 2 classes de seconde.

 

@ La première réunion fut « un échec » pour la crédibilité du « cyberdevoir » : alors que la connexion fonctionnait lors de mes essais préalables dans l’heure précédant la réunion, aucune connexion ne fut possible en présence des élèves, quelles que soient les diverses stratégies que nous ayons tentées. La connexion fut rétablie dans l’heure qui suivit.

 

La 2ème réunion fut sans incident technique mais dans les deux cas, les salles munies d’une quinzaine de postes pour à peu près 28 élèves n’ont pas permis en 1 heure une formation individuelle très efficace.

 

Cependant, la plus grande difficulté pour inciter les élèves à recourir à l’aide aux devoirs par Internet me semble être le caractère « facultatif » du perfectionnement au regard des « tâches scolaires obligatoires ». Un élève de seconde l’a bien exprimé en affirmant : « j’ai pensé plusieurs fois à vous contacter mais on a beaucoup de devoirs et on essaie de les faire au plus vite ; on n’a pas assez de temps »

 

C’est pour cela que ma démarche auprès des enseignants de mathématiques contenait une proposition de « prise en charge » d’une partie du travail obligatoire (devoirs de synthèse ; parties secondaires du programme ; …) sous forme de « travaux personnels encadrés par le cyberprof ».

 

Je sais par expérience qu’une telle initiative ne s’improvise pas et demande à l’enseignant un temps de réflexion, d’organisation et d’adaptation qui représentent une surcharge, dans un contexte où le métier est particulièrement pénible et où les enseignants ont reçu une démotivation importante à la suite du mépris avec lequel a été traité leurs mouvements de contestation depuis janvier 2003…

 

Malgré toutes nos précautions pour ne pas prendre trop de temps aux quelques enseignants qui nous ont offert leur collaboration, notre recherche d’inclusion dans une équipe pédagogique, dans un rôle complémentaire destiné à soulager l’enseignant tout en procurant un soutien aux élèves, est resté vacillante, perçue comme aux frontières de l’intrusion dans un espace élève-enseignant traditionnellement « réservé »…

 

Les enseignants de mathématiques n’ont pas souhaité formuler individuellement des besoins précis et n’ont pas répondu aux diverses propositions de prise en charge d’aide aux devoirs, de remise à niveau ou de correction de travaux personnels autonomes utiles pour l’entraînement des élèves (objectif visé: apporter à certains élèves une aide individualisée difficile à procurer en classe ; être un partenaire pour l’enseignant confronté à des carences dans les pré requis des élèves afin de le décharger d’une partie du travail de révisions ou d’entraînement, ce temps pouvant être gagné au profit de la progression en classe)

 

 

Remarques :

 

L’ensemble des problèmes rencontrés dans notre expérimentation est somme toute assez « normal » si l’on se réfère à l’analyse publiée par l’OCDE en 2003 : 

Pédagogie : Pour l'OCDE, la France peine à intégrer les TICE

 

Le récent ouvrage "Regards sur l'éducation" publié par l'OCDE propose une estimation de l'intégration des TIC dans le second cycle du secondaire. Elle révèle que, parmi les obstacles entravant l'utilisation des TIC dans l'enseignement, c'est le manque de personnel de maintenance qui est considéré en France comme le principal écueil. La France se distingue également par le manque de compétence informatique des enseignants : plus des trois quarts des lycéens fréquentent des établissements où ce problème est évoqué par le proviseur, soit nettement plus que la moyenne OCDE (63%). La France se distingue également par un faible taux de formation aux TICE.

 

(source : Info Flash du 18-09-2003 parue dans "Le café pédagogique")

 

1. Sur le plan technique, des solutions existent: il n’est plus aujourd’hui une entreprise commerciale qui puisse se passer de l’intranet et ce qui demande plusieurs années de réalisation à un établissement public d’enseignement peut se concrétiser en quelques mois dans le secteur privé. L’évolution est permanente, très rapide et « incontournable ». L’Education ne peut pas ignorer indéfiniment cette évolution, sous peine de se « déconnecter » complètement des réalités de la société.

 

2. Le caractère non officiel du service « cyberdevoir » a été un obstacle majeur à son fonctionnement. Je déplore le manque d'implication de l'Académie et notamment d'IPR de mathématiques dans ce projet. Avec le développement actuel de l’informatique dans notre société, ce désintérêt apparaît paradoxal.

 

3. Au niveau de la communication pour la mise en place de ce projet, nous avons voulu intéresser principalement les élèves et les enseignants. Or, malgré tous nos efforts, nous avons constaté que ce n’est pas la bonne méthode. Pour amorcer ce service, ne faudrait-il pas commencer plutôt par sensibiliser les parents d’élèves ainsi que les IPR de mathématiques ?

 

4. Le serveur du domaine cyberlycee déconnecte toujours pendant les vacances. Ceci confirme à mes yeux :

- l'inutilité de s'obstiner à promouvoir le « cyberdevoir » au travers de la messagerie du lycée.

- la nécessité de l'envisager plutôt, à l'exemple de quelques initiatives d'enseignants sur le Net, au travers d'un site spécialisé, trouvant peut-être son originalité dans l'accessibilité et la facilité d'utilisation de l'écriture mathématique.

 

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